La Moxibustion

🔥 Qu’est-ce que la moxibustion ?

Lors de mes études de médecine chinoise, durant le cursus de base, j’ai abordé la moxibustion de manière succincte. Je me suis vite demandé pourquoi cette matière n’était pas plus approfondie. La réponse est venue lorsque j’ai suivi le module de formation continue d’Antoine Wegmüller sur la compréhension et la pratique de la moxibustion. Les informations de cet article proviennent du support de cours de cette formation. J’encourage tous les praticiens désireux d’acquérir une formation solide en moxibustion à suivre ce cours : voici le lien de la formation en moxibustion.

La moxibustion est une technique majeure de la médecine chinoise. Elle consiste à réchauffer certains points du corps à l’aide de bâtons d’armoise ou d’armoise en vrac, dans un but thérapeutique. Elle est directement liée à l’acupuncture : le terme Zhen Jiu (针灸), traduit en Occident par « acupuncture », signifie en chinois : piquer et brûler. L’acupuncture est donc indissociable de la moxibustion, comme je l’explique dans l’article acupuncture et moxibustion. D’ailleurs, le chapitre 7 du Ling Shu mentionne : « lorsque l’on n’arrive pas à traiter par l’aiguille, il convient d’employer la moxibustion. » Pourtant, contrairement à la pratique chinoise, la moxibustion a été mise de côté dans la plupart des cabinets en Occident. Pour quelles raisons ?

🤔 Peu de cabinets utilisent la moxibustion, pourquoi ?

La principale raison est que la plupart des praticiens n’y sont pas ou peu formés. Sa mise en œuvre devient alors délicate. L’autre raison est que peu de cabinets disposent d’un extracteur de fumée. De plus, toutes sortes de croyances et une méconnaissance de la méthode freinent les praticiens :

  • 💨 les patients seraient incommodés par la fumée, qui laisserait une odeur désagréable ;
  • 🧹 les cendres saliraient l’espace de travail et les habits du patient ;
  • 🔋 la moxibustion ne traiterait que les situations de vide ;
  • ⚠️ ce serait une technique dangereuse, qui pourrait blesser le patient ;
  • ⏳ cela prendrait trop de temps, plus que l’acupuncture ;
  • 🌡️ on aurait peur d’ajouter de la chaleur à une situation de chaleur.

Un praticien bien formé connaît les risques de la moxibustion : il sait les réduire au minimum et prend toutes les précautions pour en optimiser les effets thérapeutiques.

Salle de moxibustion du cabinet d’acupuncture à Lausanne, équipée d’un extracteur de fumée

🌿 L’armoise, la matière de la moxibustion

L’armoise (Artemisia vulgaris), en chinois Ai Ye (艾叶), est la plante avec laquelle on produit la laine d’armoise servant à confectionner les bâtons de moxa ou le moxa en vrac. Les feuilles sont récoltées, séchées puis entreposées entre 3 et 5 ans, voire 10 ans pour une armoise de qualité supérieure. Elles subissent ensuite tout un raffinage jusqu’à l’obtention d’une matière souple et soyeuse.

🍃 Les caractéristiques de l’armoise

  • Saveur : amère et piquante
  • Nature : tiède
  • Tropisme : Foie, Rate et Rein
  • Fonctions : réchauffer les méridiens, arrêter les saignements, disperser le froid et calmer la douleur

Dans la pratique de la moxibustion, les propriétés de la plante sont essentielles. Des travaux de recherche ont identifié une vingtaine de molécules dans l’armoise et étudient leurs propriétés anti-inflammatoires, antalgiques et anxiolytiques.

🎯 Indications de la moxibustion

Selon la médecine chinoise, la moxibustion peut être indiquée dans les situations suivantes :

  • 🦴 La douleur : c’est sa principale indication. En médecine chinoise, la douleur est due à une obstruction, qui peut venir d’une stase de sang, d’une stagnation de Qi, du froid qui bloque les méridiens, d’un traumatisme, de dérèglements émotionnels ou d’une insuffisance de Qi et de sang.
  • 🌸 La gynécologie : troubles liés aux règles comme la dysménorrhée ou le syndrome prémenstruel, accompagnement de la fertilité, endométriose, vide de Rein.
  • 🧘 Les troubles de l’esprit (Shen) : insomnie, irritabilité, troubles de la ménopause, contrariété et frustration, angoisse.
  • 🔋 La fatigue chronique due au surmenage ou lors de la convalescence après une longue maladie.
  • 🤝 En soutien pendant un traitement contre le cancer, en complément du suivi médical : fatigue intense, difficulté à s’alimenter, perte de poids.

⚠️ Ces troubles peuvent avoir de nombreuses causes : un avis médical reste nécessaire, la moxibustion intervenant en complément.

Une partie de la thérapie par la moxibustion sert à traiter les situations de vide de Qi, voire de vide de Yang. Mais elle va bien au-delà de l’effet de chaleur : son action sur la circulation du sang, sur la douleur, sur l’apaisement du Shen, son effet anti-inflammatoire et sa capacité à faire pénétrer le Qi dans l’organisme m’ont fait réaliser la puissance de cette méthode et à quel point elle est indispensable en cabinet.

🛠️ Les principales techniques de moxibustion

La moxibustion offre une grande variété de techniques. La plupart sont dites traditionnelles, car elles existent depuis des milliers d’années ; d’autres sont dites modernes, car elles ont vu le jour plus récemment et ont suivi les progrès techniques. Je ne citerai ici que celles qui me paraissent les plus utiles et les plus accessibles en cabinet.

On peut les classer en deux grandes catégories :

  • La moxibustion directe : l’armoise brûle à même la peau, sans intercalaire. Le praticien reste présent et retire le moxa lorsqu’il devient trop chaud.
  • La moxibustion indirecte : l’armoise brûle à distance, à l’aide d’un bâton ou dans une boîte. On peut aussi poser le cône de moxa sur un intercalaire.

🔺 Le cône d’armoise direct

Avec la laine d’armoise, on confectionne un cône que l’on pose directement sur la peau. La taille et la forme du cône déterminent une pénétration du Qi et un rayonnement de la chaleur plus ou moins profonds.

🫚 Le cône d’armoise avec intercalaire

C’est la même technique, mais une substance placée entre le moxa et la peau apporte un effet supplémentaire. Parmi les intercalaires les plus courants :

  • le gingembre, pour sa nature mobilisante et digestive ;
  • l’ail, pour ses propriétés réchauffantes et antiparasitaires ;
  • le sel fin, pour son tropisme vers le Rein ;
  • l’aconit, pour sa nature chaude et stimulante du Yang.

🌱 Le cône sur galette de plantes médicinales

Même principe, mais on prépare au préalable une poudre de plantes de la pharmacopée chinoise, que l’on amalgame en galette. Les plantes sont choisies en fonction du trouble à traiter.

📍 Le moxa sur aiguille

Lors d’une séance d’acupuncture, pour renforcer l’effet des points choisis, on coupe un bâton de moxa en morceaux de 2 à 3 cm environ, que l’on dispose sur l’aiguille. On l’emploie surtout pour tonifier, libérer les méridiens, chasser le froid et calmer la douleur.

🪵 Le bâton et la boîte à moxa

On applique la chaleur du moxa sur un point, de manière fixe ou en mouvement. Souvent employée par le patient lui-même pour l’entretien de sa santé, c’est une méthode facile à mettre en œuvre et dont les effets sont remarquables.

🛡️ L’entretien de la santé

Lorsqu’on parle d’entretien de la santé, la notion de prévention entre en jeu. En Occident, on confond souvent prévention et dépistage : la prévention vise à empêcher l’apparition d’une maladie, alors que lors du dépistage, la maladie est déjà présente.

Grâce à son diagnostic différentiel très précis, la médecine chinoise cherche à repérer des déséquilibres avant qu’ils ne s’installent. On peut alors mettre en place un traitement de prévention. De la même manière, lors de la convalescence après une longue maladie, un traitement d’entretien peut aider à soutenir l’organisme.

C’est là que la moxibustion entre en jeu. Toute personne ayant appris les gestes de base et la localisation de quelques points d’acupuncture peut la pratiquer pour l’entretien de sa santé. Le praticien peut ainsi enseigner à son patient des gestes à faire au quotidien pour renforcer sa vitalité jour après jour, chose impossible avec l’acupuncture.

Les principaux points d’acupuncture pour cet entretien sont :

  • Zu San Li (36E)
  • Qi Hai (6RM)
  • Guan Yuan (4RM)
  • Shen Que (8RM)
  • Ming Men (4DM)
  • Gao Huang (43V) : situé dans le dos entre les omoplates, il doit être chauffé par une tierce personne.

🛡️ Précautions : la moxibustion n’est pas pratiquée sur certaines zones (visage, peau lésée, abdomen et bas du dos pendant la grossesse) et demande une attention particulière en cas de diabète ou de sensibilité réduite à la chaleur.

💡 Conclusion

La moxibustion est une méthode de la médecine traditionnelle chinoise sous-exploitée en Occident, dont les effets thérapeutiques vont bien au-delà de la simple chaleur. Indissociable de l’acupuncture, elle lui donne tout son potentiel : pour l’acupuncteur qui l’utilise, les possibilités thérapeutiques sont décuplées. Je remercie de tout cœur mon maître Antoine Wegmüller de m’avoir enseigné la subtilité de cette technique, avec toute la générosité qui le caractérise. Et j’encourage tous les praticiens en médecine chinoise à se former au-delà de l’enseignement reçu dans leur école. Le jeu en vaut vraiment la chandelle !

❓ Questions fréquentes

😌 La moxibustion est-elle douloureuse ?

Non. On ressent une chaleur douce et pénétrante. Le praticien surveille la chaleur en permanence et retire le moxa dès qu’elle devient trop vive.

💨 La fumée du moxa est-elle gênante ?

Au cabinet, une pièce est dédiée au moxa et équipée d’un extracteur de fumée qui couvre toute la pièce. Il existe aussi du moxa sans fumée, utilisé dans certains cas.

🔥 La moxibustion ne sert-elle qu’à réchauffer ?

Non. Au-delà de l’effet de chaleur, on lui reconnaît en médecine chinoise un effet sur la circulation du sang, sur la douleur et sur l’apaisement de l’esprit (Shen).

🏠 Peut-on pratiquer la moxibustion chez soi ?

Oui, pour l’entretien de la santé, après avoir appris les gestes de base et la localisation de quelques points avec un praticien formé. Le bâton ou la boîte à moxa sont les techniques les plus simples.

🛡️ Y a-t-il des contre-indications ?

La moxibustion n’est pas pratiquée sur certaines zones (visage, peau lésée, abdomen et bas du dos pendant la grossesse) et demande une attention particulière en cas de diabète ou de sensibilité réduite à la chaleur.

Ignacio Lamas

Praticien en médecine traditionnelle chinoise à Lausanne