Névralgie cervico-brachiale C8 traitée par guasha et acupuncture
Il s’agit d’un homme de 72 ans, travailleur indépendant encore actif, qui consulte pour une névralgie cervico-brachiale gauche évoluant depuis 15 jours. La douleur siège au niveau de l’omoplate gauche, irradiant depuis la nuque jusqu’à l’insertion de l’élévateur de la scapula, avec des picotements descendant jusqu’au bout des doigts, principalement l’annulaire et l’auriculaire gauches. La journée, le patient fonctionne relativement bien. La nuit, en revanche, c’est un calvaire : impossible de dormir sur le côté gauche, la douleur et les paresthésies perturbent totalement le sommeil.
La névralgie cervico-brachiale est une compression ou une inflammation d’une racine nerveuse cervicale. Lorsque c’est C8 qui est touchée, la douleur suit un trajet précis : elle part de la nuque, longe le bord interne de l’omoplate, descend le long du bras et irradie jusqu’à l’annulaire et l’auriculaire. Les paresthésies nocturnes sont caractéristiques.
Le muscle grand pectoral gauche était fortement crispé. Cette tension antérieure est rarement mentionnée dans les descriptions classiques de la névralgie cervico-brachiale, pourtant elle est fréquente. Quand la chaîne postérieure est en souffrance, la chaîne antérieure compense et se contracte en miroir. Le pectoral crispé tire l’épaule vers l’avant, ferme la cage thoracique et entretient la compression radiculaire. Ne pas traiter cette tension augmente à mon sens le risque de récidive.
Le patient a travaillé toute sa vie au port de charges lourdes. Des décennies de contrainte cervicale et scapulaire finissent par user les disques, rigidifier les structures et créer des blocages profonds dans la circulation du Qi et du Sang. La douleur n’est pas un accident, elle est l’aboutissement d’un long processus d’usure.
Autres éléments cliniques :
tendance générale à la chaleur, visage rouge, constitution sèche, soif marquée, selles sèches et parfois difficiles à exonérer.
Langue : rouge, peu d’enduit à la pointe, légèrement sèche.
Pouls : Fu (superficiel) à cun et guan droits, Xian (tendu) et Xi (fin) à chi et guan gauches.
Lecture en médecine chinoise
Le méridien impacté était ici évident : toute la symptomatologie concorde, les zones atteintes se trouvant toutes sur le trajet du méridien de l’Intestin Grêle. La stagnation de Qi et de Sang au niveau cervical, entretenue par des années de contrainte mécanique, explique la douleur localisée à l’omoplate et le trajet irradiant vers les doigts sur le territoire C8.
Le pouls tendu et fin, associé à une tendance à la chaleur vide, indique un Yin relativement faible. Cette insuffisance de Yin aggrave la stagnation la nuit, moment où le Yin devrait être dominant. D’où ce tableau caractéristique : peu de douleur la journée, mais une nuit difficile.
Principes thérapeutiques : libérer la stagnation cervicale et scapulaire, dégager le méridien Taiyang, nourrir le Yin, abaisser la chaleur.
1ère séance
Guasha sur la zone nucale, le trapèze, l’omoplate et entre les omoplates, principalement à gauche, sur le trajet du méridien de l’Intestin Grêle. Chez ce patient à constitution bois sec, le guasha a été difficile à supporter. Malgré l’inconfort, les résultats ont été immédiatement satisfaisants, confirmant l’importance de la stagnation locale.
Acupuncture : Dazhui (14DM), Jianzhongzhu (15IG) g, Jianwaishu (14IG) g, Quyuan (13IG) g, Tianzong (11IG) g, Houxi (3IG) g — puis retournement du patient : Zhongji (4RM), Zhaohai (6Rn), Tongli (5C).
Le traitement cible directement le méridien de l’Intestin Grêle, dont le trajet longe l’omoplate, la nuque et le bord cubital du bras jusqu’au petit doigt. Dazhui, point de réunion de tous les méridiens Yang, dégage l’ensemble du réseau Yang cervical et impulse le Qi dans le méridien. Houxi, point clé du Taiyang, ouvre la nuque et libère le rachis cervical. Les points locaux agissent mécaniquement pour ouvrir la congestion et mobiliser le Sang stagnant. En fin de séance, Zhongji (4RM) et Zhaohai (6Rn) nourrissent le Yin et ancrent la chaleur vers le bas, Tongli (5C) calme le Shen et soutient le Cœur dont le Yin est également fragilisé, ce qui explique en partie les paresthésies nocturnes et l’impossibilité de trouver le repos.
En sortie de séance, mobilité cervicale améliorée, douleur à l’omoplate diminuée.
Évolution après la 1ère séance
Le patient revient nettement amélioré. La mobilité cervicale est en grande partie récupérée et la douleur principale a largement reculé. Il subsiste une gêne résiduelle à l’omoplate sur certaines positions fixes, avec des picotements au bout des doigts lors des postures maintenues. Le sommeil sur le côté gauche reste encore impossible.
2ème séance
Guasha également sur le grand pectoral, la clavicule et les scalènes gauches, en complément des zones postérieures.
Acupuncture : Dazhui (14DM), Taodao (13DM), points Huatuojiaji paravertébraux cervicaux, zone ashi en daoma sur l’omoplate gauche (5 aiguilles) sur le méridien de l’Intestin Grêle, Houxi (3IG) g — puis retournement : Zhongji (4RM), Zhaohai (6Rn), Tongli (5C).
La 2ème séance approfondit le travail en ciblant les paravertébraux cervicaux via les Huatuojiaji, situés à 0,5 cun de part et d’autre du rachis, ils agissent directement sur les racines nerveuses et relâchent les muscles profonds. Taodao renforce l’action libératrice sur la colonne cervicale et dorsale haute. Les points ashi en daoma sur l’omoplate traitent mécaniquement la zone de stagnation résiduelle. Le protocole Yin est reconduit pour consolider le terrain.
Évolution après la 2ème séance
Globalement, le patient va beaucoup mieux. Il reste une légère sensibilité à l’omoplate. Deux séances supplémentaires ont été nécessaires pour venir complètement à bout de la douleur. Le patient est stable à l’heure actuelle.
Réflexions cliniques par rapport à l’acupuncture
Ce cas soulève une question que je rencontre régulièrement dans les échanges entre praticiens : la réticence à piquer les points du dos et du Dumai. La proximité du poumon, des racines nerveuses, la densité anatomique de la zone, tout cela génère une prudence qui est légitime, mais qui devient parfois un frein thérapeutique.
Pourtant, dans une névralgie cervico-brachiale comme celle-ci, c’est précisément cette zone qui doit être traitée. Les points du méridien de l’Intestin Grêle sur l’omoplate, les Huatuojiaji cervicaux, Dazhui et Taodao sur le Dumai, ce sont des points essentiels, dont l’action locale et systémique est irremplaçable.
À suivre…
Ignacio Lamas Praticien en MTC à Lausanne